miércoles, 27 de febrero de 2013

Chocolatina Jet.3.


Chocolatina Jet.3.

Petit rappel : les images que l’on trouve dans les barres de chocolat peuvent servir d’oracle.

Alors quelques images devant soi et le temps passe plus vite.

 

Je suis un poisson qui vit dans les profondeurs de la mer. Dans le glauque et le lugubre. Avec mes petites nageoires, je nage en eau trouble.

Avec mes yeux télescopiques, je vois tout et dans le faisceau de mes petites lumières, je discerne.
 

J’avance dans l’obscurité. Il y a une coupure d’électricité.
Les rayons du soleil n’arrivent pas jusque-là.
Je me laisse couler, couler lentement. Puis je reste entre deux eaux.
J’appartiens à la famille des poissons mais je leur ressemble assez peu. Point de vue du scientifique.
J’éclaire et je respire là où d’autres s’asphyxient. Drôle de tempérament.

 

Je suis un hibou. J’ai des gros yeux et des petites aigrettes sur la tête.
Je  mange exclusivement des animaux vivants.
Les morts ne m’intéressent plus en ce moment.
Je chasse en détectant mes proies grâce à mon ouïe très fine et ma vue perçante.

Qui sera la prochaine victime? Planquez-vous les ratons.


 

C’est la catastrophe ! La grande cata ! Les inondations en veux-tu en voilà.
Les dégâts des eaux, les sinistres.
Est-ce que j’ai payé ma police d’assurance ? Rien du tout.
Pas d’indemnisation. Peau de balle.
Rien à faire.




Seulement attendre, attendre que les eaux se retirent et puis tout nettoyer. Laver, rincer, balayer, faire sécher. De la boue partout. Et puis vivre son chez soi.

Sonnerie de téléphone. Comment ça va ? Tu es encore en colère contre moi? Bof. J’ai envie d’aller danser. Tu viens ? Ben oui. Je viens juste de ranger mon chez moi, je suis prête pour la prochaine inondation.

 
Une autruche. Je suis une autruche, la tête dans le trou pour ne pas voir la réalité en face.
Une interprétation simpliste de temps en temps, ça ne mange pas de pain.








 
Attention ! Je suis une chenille processionnaire, animal qui peut se convertir en la septième plaie d’Egypte.

Si vous me touchez, je peux produire un liquide corrosif qui irrite la peau. Intéressant.
Tout détruire sur mon chemin pour assouvir mes désirs de vengeance et calmer ma colère.

 

 Je suis une fleur, une princesse-fleur qui croît rapidement et s’accroche au mur. Idéal. Un truc joli qui s’entortille et qui sent bon.
Romantique et pas très habituel.
La douceur n’est pas le suc de ma vie.  

A moins que je n’enroule mes bras autour de son cou. Une petite strangulation amoureuse.

 
 
 
Je suis une araignée. Le premier filament de ma toile est le plus difficile à tendre.
Il déterminera la solidité de l’ensemble. Je crois que je n’ai jamais réussi à tendre ce premier fil.

Tout s’écroule quand je construis la suite. Je me lance, je me jette dans le vide,  je virevolte Je décris des rosaces dans l’air.


J’attends le vent, le vent qui parfois ne vient pas. Comment rejoindre la branche en face ?
De là dépend ma survie. Est-ce que je trouverais de quoi me nourrir ? Je saute, je saute, je m’essouffle. Je suis extenuée…un essai, deux essais, et toujours un casse- gueule en fin de parcours.
J’abandonne et je reste là, tête en bas, au bout de mon fil, balancée au gré du vent. Famine assurée. Tant pis.

 

Je suis une plante grimpante. Encore ! Pour se développer, je m’accroche au sol, aux arbres, aux murs.

Définitivement, c’est la question du support qui me taraude. Les plantes, les araignées...

 



Encore merci la Chocolatina Jet.

Grâce à toi, je crois avoir enfin adopté vis à vis de moi-même un regard lucide et désabusé.

Moins de sérieux, plus de sérénité.
Et maintenant j’invente des slogans. Merveilleux !

 

Entre chien et loup.


 
Entre chien et loup, entre Gaston et Gérard, je vadrouille entre les êtres, je marche, marche, marche...

Que faire d'autre ? Les solitudes ne se rencontrent pas.

J'avale quatre romans en deux jours. Les mots sont autant de bouées qui m'aident à rester à la surface, même si parfois ces mots se vident de leur contenu. Et je répète dans ma tête le mot mur jusqu'à ce qu’il ne signifie plus rien, seulement trois petits sons que j'articule dans ma bouche.

Je circule entre les êtres, je me frotte à eux mais je ne perçois plus leur empreinte sur mon corps, ni leur trace sur mon âme.

Je me suis institutionnalisée. Je me fige. Je deviens un moi sclérosé rempli de certitudes et de doutes, d'habitudes et de rituels.

Je regarde la collègue puis je regarde la photocopieuse et je me sens plus d'affinités, plus d'accointances avec la photocopieuse.....elle répète, je répète....quand elle fait un bourrage de papier, elle a une petite alarme qui sonne avec un voyant orange qui clignote.

Ma petite lumière s'agite depuis longtemps, mais pas de technicien en vue.

Je m'isole, je ne suis plus perméable comme auparavant.

Les déceptions se sont accumulées comme autant de furoncles sur le visage d'un acnéique. Chaque jour une nouvelle rougeur apparaît, petites meurtrissures.

Alors je ne passe plus devant le miroir. Je me lave les dents le regard fixé sur les piles de linge dans l'armoire.

J'épouse l'oreiller, entortille les doigts dans la queue du chat, explore les draps froids avec le bout du pied…

Il y a encore un bout de chemin à parcourir...tout peut survenir.... tout peut arriver, ce n'est pas fini....pas fini, loin d’être fini, c'est juste une pause, pause à laquelle je ne suis pas habituée. Je suis une personne de caractère type A ...alors il faut que ça fuse mais la vie dit non.....comme si elle voulait me donner une leçon.


Alors j’apprends ma leçon par cœur chaque soir. J’égrène les lieux communs comme les perles d’un chapelet.


Et puis je dévore les livres. Je me saoule de mots. J’écoute leur voix qui remplit tous les recoins de ma tête.

Je cherche la réponse dans chaque roman. Et j’en découvre une autre.

Je me sens rassurée quand j’entre dans la bibliothèque.  Je regarde les étagères bourrées à craquer et je soupire… des rencontres sont encore possibles.

 
Chaque couverture contient un monde qui contient mon salut.

 
Mais c’est un dialogue de sourds qui se profile. Je les entends, ils ne m’entendent pas. Alors je termine un roman pour en ouvrir un autre, pour qu’il reçoive à son tour ma parole. Mais il n’a pas mis son sonotone. Alors pour répondre, je gribouille une page sur ma messagerie en regardant la photocopieuse. La collègue assise à côté ne bronche pas.

Je ne lisais rien lorsque j’étais enfant. Pas une ligne. Si...le dictionnaire qui me servait aussi de rehausseur pour m’installer à table.

Et puis un jour, un roman m’est arrivé entre les mains L’écume des jours. Avec un crayon à papier, j’ai commencé à souligner les phrases que j’aimais.  Quand j’ai eu refermé le livre, toutes les lignes étaient marquées. J’avais 13 ans. Le grand début de ma boulimie.  Aucune idée des proportions que cela allait prendre.

Je pianote à côté de la photocopieuse et la collègue ne scille pas devant son écran. A peine un bonjour, à peine un au revoir. Alors je retourne à mon Kafka voir si lui me parle de sa taciturnerie.

sábado, 16 de febrero de 2013

Broderies, guipures et charognes.



J’ai une caméra au poing. Je marche dans un très grand dépotoir qui s’étend jusqu’à l’horizon.

Des débris. Des pots de yaourts, des couches culottes, des os de poulets. Je marche et je filme. Là où je pose les pieds.

Je regarde la ligne du ciel. Très loin, très bleue.

Je marche et je m’enfonce un peu. Parfois beaucoup. Jusqu’au genou.

Les poubelles se mélangent peu à peu aux cadavres humains. Je marche sur des cages thoraciques qui s’écrasent sous mon poids. Mes talons dérapent sur des crânes lisses.

Je filme les détails. Je suis éberluée.

Je réalise que je musarde dans un camp de concentration.

Je monte sur une petite colline. Les cadavres amoncelés font des petits vallons. J’arrive au sommet et de l’autre côté, je découvre la présence de deux êtres humains, vivants. Des chirurgiens qui opèrent sur une civière. Ils me disent d’approcher, m’invitent à filmer.

Je m’avance, je zoome. Ils sont vêtus de vert avec des masques. Tout est dégueulasse. Vraiment dégueulasse. Leurs tabliers maculés de sang noir. Le drap en papier couvert de petits bouts d’os.

Ils sont en train de scier un tibia sanguinolent. Ils m’expliquent leur travail et d'un geste de la main m’incitent à venir voir de plus près. Je suis abasourdie mais je fais le job.

Je suis protégé par la caméra. Entre eux et moi existe un œil artificiel.

Ils nettoient la civière d’un revers de manche et me propose de me coucher.

Sans engagement, juste pour voir, pour mieux comprendre.

Je ne peux pas refuser. C’est gênant. Il faut s’exécuter. Je dis un peu non.

Non non, merci, une autre fois peut-être.

Ils me couchent et me retirent la caméra. Le danger apparaît dans mon esprit pour la première fois. Je suis étendue et ils veulent faire des expériences sur mon corps. Ils veulent qu’on joue au docteur.

L’un sort une scie égoïne. L’autre viole une fille sur la petite colline d’à côté. Je regarde la fille, je voudrais crier.

La fille bascule la tête en arrière et me regarde. C’est moi.



Je me résorbe, d’un coup d’un seul. Ma conscience fuit.

Je reprends corps. Dans une immense robe de mariée.

Tout de blanc, j’avance et je grandis, grandis, grandis. Les perles scintillent. La dentelle et le satin glissent entre les doigts et font un petit bruissement d’ailes de moineau.

Je me présente devant le portail de l’église. Ma tête se trouve tout en haut et la robe remplit toute l’embrasure. Ma tête paraît toute petite. Là-haut, là-haut.

Et je pense : Il faudra un escabeau pour redescendre de cette robe!

J’entre dans l’église. Je marche sous la voûte. La tête proche des croisées d’ogives. Le marié m’attend tout petit à côté de l’autel. Au bout de la nef. Il m’embrasse. Comment fait-il? Si je me trouve tout là-haut perché au-dessus d’une robe de mariée. Avec ma tête toute petite.

Au moment du baiser, je rétrécie et la robe aussi. L’air s’échappe de dessous les jupons. Comme un soufflé qui crève. Pffffffffff.

Et j’atterris comme une plume sur le prie-Dieu. Assise et toute étonnée.


Il est 5h45 du matin. Il faut ouvrir les paupières. Pleines d’os et de dentelles.



 

 
 

viernes, 1 de febrero de 2013

Chat Noir.




 
 
Une cigarette au bec et un verre de Gato Negro sur la table. Dans le silence.

Elle boit son chat noir à petites gorgées.

Les choses ne sont ni toutes noires ni toutes blanches, pense-t-elle.


Elle envoie une petite note à l’attention de son prochain fiancé :

 

Avant lavage d'une âme fragile, lire avec soin les instructions.

Laver à l’eau froide séparément.

Ne pas utiliser d’eau de javel.

Ne pas tordre, ne pas laisser tremper.

Sécher à l’ombre.

Repasser à basse température.

 

Peut-être aurait-elle dû acheter une bouteille de Santa Rita, la sainte patronne de causes perdues.


Elle écrit comme elle pisse. Et elle en jouit. Quand l’envie devient insupportable, elle baisse son pantalon derrière une voiture. Ça fait des petites rivières sur le goudron, c’est joli et ça sent bon. Elle remonte sa culotte et elle se sent mieux. Elle peut continuer son chemin.

Sur son cahier, ça fait des petites lignes et encore des petites lignes. Elle se soulage.

 
En ce moment, elle est chat noir. Manque de bol, manque de chance. C’est le sel de la vie. Celui qui donne de la saveur paraît-il. Elle a peut-être eu la main un peu lourde avec la salière. Elle perd son portefeuille, elle crève un pneu, elle casse un essuie-glace en pleine averse, la batterie est à plat, elle s’étripe avec les collègues,… les fiancés sont présents sans être là ou bien, ils sont là sans être présents.


Et les amis de reprendre en chœur le célèbre refrain. Tu sais, tu peux compter sur moi, tu peux m’appeler… mais tu sais, le mieux encore, c’est que tu perdes mon numéro de téléphone. Chacun dans sa chacunière.

Elle est seule et seule, elle affrontera la vie.


Elle se cramera encore la langue à bouffer de la soupe trop chaude, de la soupe trop épicée, de la soupe trop mélasse. De la soupe à la limace ou de la soupe à la couleuvre. Elle en mange et elle en mangera encore des trucs vénéneux.

 
Quatrième verre de chat noir, enfin il commence à faire son effet.

Il sera bientôt temps d’aller jouer les autruches sous la couette en attendant la petite aube qui ne promet rien de meilleur.


C’est la vie, dit-on. Mais elle s'insurge, c’est la vie, si je veux !


Il pleut des klaxons sur la ville en pleurs.


Elle n’y retournera pas ce soir dans ce bordel tonitruant. Elle ne courra pas derrière les taxis qui l’aident à courir derrière les hommes.

 
Ce soir, c’est relâche. Elle ne donnera pas de grand spectacle. L’actrice s’est démaquillée et a rangé ses faux-cils au fond du tiroir. Rideau.

 
Les choses ne sont ni toutes blanches ni toutes noires. Elles peuvent déteindre aussi.

Tout dépend du programme de lavage choisi.

 
 

 

 

 

martes, 29 de enero de 2013

Cositas de la infancia.2.

Cositas de la infancia.2.
 
 
 
Cuando era niña, me vertía mercurocromo por todo lado sobre las piernas. Me vía las piernas sangrientas y me gustaba. Me escondía debajo las sabanas y esperaba que me descubrieran. Escuchaba la voz de mi madre, de mi hermana a lo lejos de la sala. Tenía calor debajo las sábanas, sudaba. No venían, no se preocupaban por mí. Desencanto. Terminaba saliendo de mi escondite. Yo recibía un regaño. Cuesta muy caro el mercurocromo.

Cuando era niña, creía escuchar una pequeña bestia, un pequeño insecto. Un pequeño grillo en el fondo de mi almohada. Nadie lo escuchaba salvo yo. A veces, no lo oía y debía buscarlo en todos los rincones de la almohada. A veces yo pensaba que había emigrado hacia otra almohada. Me entraba el pánico un poco y después lo encontraba. Pensaba que él estaba aquí para mí, para ayudarme a dormir. Un día, me explicaron que era la sangre en mi oreja, mi propio pulso. Era muy decepcionante como explicación.

Lo oigo todavía a veces, me oigo vivir et me duermo, arrunchada por mi pequeña chicharra personal.

Cuando era niña, me gustaba jugar en el baño. Me imaginaba que el guante era un bolso de carbón. Y yo era una pobre sirvienta, una esclava, una Cosette. Mi papel preferido en igualdad con Cenicienta. Mi dueño me mandaba a buscar carbón. Me iba, bolso sobre la espalda, hacia paticas con mis dedos y caminaba sobre el borde del lavamanos. Llenaba de agua el guante y me devolvía a la casa de mi ogro, el porta-jabón, siempre caminando con mis deditos en el borde del lavamanos. Pero cuando llegaba, el agua-carbón había desaparecido del guante.
El torturador gritaba” ¿Dónde está el carbón? ¡Inútil! Me destripaba y debía volver…horas jugando sobre el borde del lavamanos….y la madre que lavaba la loza del otro lado de la pared gritaba, deja de desperdiciar el agua, cuesta mucho (y no tendré más plata para poner gasolina en el tanque de tu hermano) y yo jugaba y jugaba una y otra vez la misma escena hasta que me echaban del baño. Desilusionada.

Cuando era niña, había en la sala una tele de lámparas muy gorda. Nada que ver con las pantallas planas y esquinas cuadradas. Todo lo contrario. Un día una lámpara se fundió. Sin imágenes pero con sonido. Entonces mi mama prendía el televisor como uno prende la radio. Aprendí a mirar los dibujos animados frente a una pantalla negra. Durante años. En mi cabeza, había también el color.
Me instalaba sobre la alfombra raspada con mis tartines de camembert al horno. El camembert al horno es delicioso, pero pega detrás de los dientes de adelante. Entonces me acostaba, boca abajo, y veía desfilar en mi cabeza: Bip Bip y el Coyote, Pólux y Zebulón, Casimir y Hippolyte.
Un día me ofrecieron un rompe cabezas. Me dijeron ten, es Casimir. Y ahí, lo vi de verdad, naranja, sobre la tapa. Pensé que mi corazón iba a salir de mi pecho.

El mío no era así. El mío tenía orejas erguidas sobre la cabeza.

Un día, mi mamá encontró un Kiki en la calle. Era la moda de los Kikis y costaban mucho. Entonces me veo con un Kiki, colmada de felicidad. Mi mamá se afana para confeccionar una cuna para Kiki en una caja de zapatos, magnífica, cubierta con tela amarilla de patos. Y de tejer, todo lo necesario para Kiki. Salida de baño, vestido elegante, saco para esquiar. Zapatillas de piel. Y pantalón con huequito para dejar pasar la cola. Magnífico. Tenía prisa de que llegara el lunes para llevar todo eso a la escuela, mostrarlo a todas mis amigas.
Y la hora tan esperada del recreo llegó. Gran desembalaje de Kikis en el patio. Y todas las amigas se burlaban de mí. Es un chiveado tu Kiki. No. Sí. No. Sí. Mira, compara, vez, no es igual. Dolor.  Llegué a casa en llanto. Y mi madre me consolaba. Tu Kiki es el más hermoso del mundo porque no hay dos así. Además es diferente porque es una Kika. Estaba orgullosa. Tenía la repuesta.

Un día, mi Kikette y yo atravesamos el mar en avión. Lloré en el taxi a la llegada. ¿Qué hacemos aquí? Del otro lado del mar-madre.

Cuando era niña, vi la puerta abrirse y una bicicleta entrar, después mi madre cargada como  un burro. Paquetes por todo lado. Había atravesado la ciudad a pie con la bicicleta y los paquetes. No la habían dejado subir al bus. Mis ojos nunca fueron tan grandes. Llego al patio, me monto en la bicicleta y empezo a dar vueltas y vueltas.
Las amigas llegan.¿De dónde viene tu bici? De Carrefour. Ridículo. Risas. Los pedales son de jamón, y las manillas son de salchicha. Ridículo. Regreso a casa en llanto. Ahora me parecía fea mi bonita bicicleta azul. Deja de llorar. Tu bici es la más hermosa del mundo porque atravesé la ciudad a pie para traerlo. No viene de Carrefour, viene de lejos.

Y un día, apareció Picaillon, un oso aplastado como una galleta. Rojo. Encontrado en la calle. Mi mama lo lavó. No me gusta ver los juguetes de los niños perdidos en la alcantarilla. ¿A quién lo voy a regalar? lo quiero. Eres demasiado grande. Lo quiero. Pasaste la edad. Es verdad que ya tenía catorce años. Pero insistí. Duerme cada noche conmigo dentro de mi piyama sobre mi corazón. Recibe todas mis oraciones. Mudo y nunca decepcionante el Picaillon.

Diccionario:

Picaillon: substantivo masculino. Popular y familiar. Pieza de moneda. Sinónimo: plata. Tener Picaillon. No tener ni un Picaillon. No hay que mirar de cerca en la profesión dado que los Picaillones son escasos. (Maupassant, 1883) El abuelo había tenido la idea antes de irse de arruinarlos hasta el último Picaillon (Claudel, 1919).


Texto original en francés.

martes, 22 de enero de 2013

Petites choses de l’enfance.1.


Petites choses de l’enfance.1.

 




Quand j’étais petite, je croyais que les nuages bougeaient parce que la Terre tournait autour du soleil. Je pensais que c’était comme si nous étions montés sur un manège. On voit passer le paysage. Pour moi, les nuages étaient fixes et nous, nous tournions.

J’avais conscience d’être une enfant et que cet état était éphémère. Je regardais mes jambes qui ne touchaient pas le sol quand j’étais assise sur une chaise et je pensais : «  Un jour, mes jambes toucheront le sol, je serai adulte et plus rien ne sera comme avant. » J’essayais de profiter de mes jambes courtes. Parfois, aujourd’hui encore, je recherche ce paradis perdu et je m’assois sur un mur, un pont et je laisse balancer mes jambes, comme au bon vieux temps.

C’est pareil mais ce n’est pas pareil.

Il m’est arrivé la même chose avec la lecture. Je regardais les génériques à la fin des films. On aurait dit des hiéroglyphes et je pensais : « Un jour, je pourrai comprendre ces signes mais, ce jour-là, je perdrai la magie de ne pas les comprendre. Je perdrai mes hiéroglyphes chéris. La perte me causait toujours de la douleur. Je ne pouvais pas avoir tout à la fois. Parfois au cinéma, je ne me lève pas du fauteuil. Je garde un peu les yeux mi-clos et j’essaie de voir mes hiéroglyphes tant aimés.

C’est pareil mais ce n’est pas pareil.

Je me souviens que je mangeais des tartines de cancoillotte. Je m’en mettais partout, les doigts, la bouche, le menton. Tout mon corps collait et c’était pire quand ça séchait. Heureusement, ma mère, toujours très pratique, ne sortait jamais sans un gant humide dans un sac plastique. Elle le sortait et me lavait et j’aimais sentir que je retournais peu à peu à l’état antérieur. Fraîche, tranquille, un délice. Jusqu’à la prochaine tartine.

Je n’avais jamais vu la mer. C’était un grand rêve. Je m’asseyais au bord du lac près de chez moi. Avec mes mains, je faisais une sorte de boîte, de paire de jumelles et j’essayais de voir seulement un morceau du lac, en prenant soin d’enlever "la terre" sur les bords. C’était ma mer à moi.

J’ai toujours un peu de tendresse pour ce lac lorsque je le vois. Un peu comme lorsqu’on pense à son premier fiancé.

J’ai vu la mer pour la première fois à quatorze ans et je savais déjà qu’«un avant et un après » se profilait. Je suis restée pétrifiée. Je n’avais pas besoin de faire une boîte avec mes mains. Enfin, l’immensité était plantée là devant moi, orgueilleuse. C’était impressionnant.

Je ne savais pas encore qu’à dix-neuf ans, j’allais perdre mon frère en mer.

La nuit, je me couchais dans mon lit et je jouais avec mes pieds, j’étendais les jambes pour essayer de toucher le plafond. J’aimais regarder entre chaque doigt pour voir s’il y avait de la saleté. C’était comme un cadeau surprise. Je découvrais avec enthousiasme la petite boule noire, mon petit enfant à moi. Je les recherchais avec beaucoup d’espoir. C’était la guerre totale avec ma mère parce que je ne voulais pas me laver les pieds. Elle n’a jamais su la cause de cette rébellion.

J’observais aussi mes pieds et je savais que c’était des pieds de petite fille, et que bientôt ils se transformeraient. Je les admirais pour cela. Pour leur état fugace. Un jour de l’adolescence, je les ai regardés et je me suis rendu compte…j’avais des pieds de femme. Une autre étape commençait.

Quand j'étais petite, je pensais que la queue des chats était le slip des chats. Pour moi c'était logique : faute de morceau de tissu, les chats cachaient leur sexe avec leur queue.

Quand j’étais petite, il était impossible de marcher. Mes jambes couraient, toujours. Sautaient. Il était impossible de les contrôler. De la même façon, je me souviens que je me promettais à moi-même d’être sage et de faire tout ce que ma mère allait me dire. Je ne pouvais pas résister plus de vingt minutes. Je me décevais mais je sentais que je devais me soumettre à ma condition de petite fille. Ne pas obéir. Il m’arrive la même chose aujourd’hui, quand j’essaie de ne pas fumer, de ne pas boire, de ne pas me réveiller trop tard.

Je me souviens, qu’un jour, montée à cheval sur mon frère couché, je lui frottais mon mouchoir sur le torse. Il s’en est rendu compte : «C’est dégueulasse ! Tu me frotte tes crottes de nez sur le ventre. Et moi de lui répondre « Ce n'est pas grave. C’est de l’eau de nez. »

Quand j’étais petite, ma mère me disait avec fierté que j’étais son bâton de vieillesse….je ne comprenais pas très bien…maintenant, je pense que c’était parce que j’étais la sixième et la dernière de ses enfants…quand elle était en colère, elle me disait que j’étais son bâton de merde….je ne comprenais pas plus…et quand je faisais une bêtise, elle me criait « ouh chameau !!! » Je ne savais pas pourquoi les chameaux intervenaient dans l’histoire et je me demandais s'ils étaient aussi carne que moi.

Bien des années plus tard, j’étais devenue professeur, chargée d’une classe d’enfants de cinq ans. J’avais perdu ma mère six mois auparavant. J’étais en train d’aider les enfants à s’habiller. Je me suis agenouillée en face d’une petite fille. J’ai entré la chemise dans le pantalon, par devant, par derrière, j’ai fermé la fermeture éclair. J’ai fait un nœud avec l’écharpe autour du cou. Choc.

J’ai senti les mains de ma mère sur mon propre corps. Quand elle m’habillait. Quand j’étais debout sur la chaise jaune de la salle. Avant de sortir. Pour faire les courses au marché. Et moi, je faisais l’andouille en sautant sur la chaise jaune qui avait des ressorts. «Ah, mais, reste donc tranquille un peu ! » Mes mains sont les mêmes. Ridées, fortes, courtes. J’avais perdu ma mère six mois auparavant. Et mes mains étaient les siennes. Et je reproduisais au millimètre près ses gestes «habiller une petite fille ». Des gestes peut-être ancestraux, de ma mère, de ma grand-mère, de mon arrière-grand-mère…

 
Texte original en espagnol.
 

 

 

viernes, 18 de enero de 2013

Retour d'automne.



 

La ville est dans la grisaille. Elle a le cœur en pluie. Son mari est un déserteur. Sous les bombes, il a préféré s'enfuir comme un pleutre. Il court encore de son côté. Il l’a quittée sans la fixer dans les yeux.

Elle déjeune en regardant les miettes sur la table. Elle se rassure. Un coup d’éponge et tout sera net. Il faut tout organiser pense-t-elle. Il faut injecter du raisonnable dans la tourmente.

Elle fixe le placard de la cuisine et écoute une musique poisseuse en boucle.
Peu importe. L’enfer a toujours été derrière elle. Sa vie est montée à l'envers. Chaque jour vécu l’écarte donc de la mort. Elle sait que c’est un sentiment sans queue ni tête. Mais elle le mâche et remâche depuis qu'elle est petite. Elle ne peut pas concevoir son existence autrement. Pas de logique dans les entrailles.

Elle se répète : Alors pourquoi craindre le jour suivant, pourquoi craindre une douleur franchement anecdotique ?

Elle rêvait de chimères et d’aventures. Elle a réussi. Chaque jour est un film, chaque nuit est un roman. Du moins à ses yeux. Elle imagine autour d’elle les caméras. Et toute l'équipe qui s'affaire. Moteur!

Mais il y a un inconvénient: elle habite dans la vie réelle et le matériel encombre.

Elle ambitionne de vivre des ellipses de cinéma: les voitures ne se déchargent pas, les queues aux caisses n'existent pas, les ascenseurs ne s'attendent pas, les poubelles ne sont jamais pleines, les frigos jamais vides, les repas sont prêts, les valises se font seules, les plantes sont arrosées, les taxis sont libres...


Et soudain, elle dévore une nouvelle petite idée. Elle pense être la femme idéale la plus horripilante jamais connue. Elle apprécie le superlatif tout en rassemblant les miettes avec l'éponge.

Elle fait une petite coupe avec la main et les récupère au bord de la table, toutes collées. Elle les observe et décrète à haute voix : Insignifiantes mais chiantes, tout comme moi.